Membres et productions scientifiques Cohabitants est plutôt le nom induit par un type de relation fondatrice qu’on entretient avec eux. Plan du site • Comités • Flux de syndication, Nous adhérons à OpenEdition Journals • Édité avec Lodel • Accès réservé, Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search, Nouvelles alliances avec la terre. Il faut élargir son propos en pointant que ce stress multifactoriel destructeur est lié à certaines pratiques non soutenables, et ce sont elles que les abeilles nous intiment de changer, si elles doivent continuer à vivre parmi nous par elles-mêmes, comme pollinisatrices d’un très grand pourcentage de nos végétaux non céréaliers, d’un grand nombre de végétaux sauvages dont elles assurent la survie et l’évolution, et comme forme de vie fascinante. Qui appelle des formes de respect, du soin et quelque chose comme de la cohabitation. Un très grand nombre des espèces cultivées en Europe dépendent, d’après l’Inra, à 84 % des pollinisateurs, qui sont à plus de 90 % des abeilles domestiques. Le paradoxe est là : écologiquement, il vaut mieux que le syndrome nous indique de changer la manière de faire de l’apiculture et de l’agriculture pour aller vers des usages plus soutenables, plutôt qu’il aboutisse seulement à l’interdiction d’un pesticide, qui sera bientôt remplacé par un autre. Sous couvert de révolution, elle conserve une de ses propriétés fondatrices, dont la fonction est en partie de justifier le métabolisme social extractiviste de l’Occident moderne. C’est-à-dire la composition des hétérogènes, le modus vivendi mutualiste comme nord magnétique sur la boussole, et la minimisation des conflits quand on ne peut pas faire mieux. 52C’est un paradoxe écopsychologique qu’on soulève ici : les activités humaines qui ont à faire avec les non-humains sont toutes, sans exception, devant l’alternative de se penser en termes de partenariats complexes et fragiles avec les vivants, ou en termes de contrôle d’une communauté biotique réifiée en matière, contrôle dont l’opération de base est le couplage exploitation maximisée-éradication des nuisibles. Or, et voici le paradoxe, on soutient ici que malgré sa justification idéologique comme progrès rationnel, le choix du second axe, s’il est destructeur pour un pan des vivants du territoire, est conséquemment aliénant pour les acteurs de la pratique eux-mêmes. Chargé d’affaires. Une cohabitation diplomatique avec le vivant »[9]. L’idée d’Anthropocène entend montrer que ce récit est dépassé : « Dans l’Anthropocène, les humains changent l’histoire de la Terre qui en retour frappe (inégalement) les sociétés humaines. 3 J’ai essayé de fonder conceptuellement l’idée des vivants comme altérités par l’habiter dans « Le devenir du sauvage à l’anthropocène » (Morizot, à paraître). Ce point aveugle, j'en fait l'hypothèse, c'est que la crise écologique actuelle, plus qu'une crise des sociétés humaines d'un côté, ou des êtres vivants de l'autre, est une crise de nos relations au vivant. Ce livre a été salué par des chercheurs et des critiques. « On voit ici à quel point l'alternative habituelle, à savoir stigmatiser le pastoralisme en bloc comme s'il était l'ennemi malhonnête de la biodiversité, ou l'adouber en bloc comme s'il était le maillon essentiel de la préservation des paysages, ne tient pas : tout dépend des pratiques, et il faut penser une transformation de l'usage pastoral des territoires, qui aille dans le sens d'une protection accrue des prairies, des loups et du métier lui-même ; ce sont ces axes de communauté d'importance qui sont à faire émerger »[23]. Notre culture hérite d'un dualisme qui sépare l'humain et les autres animaux. Les pollinisateurs, abeilles, bourdons, oiseaux, ne sont pas posées comme des meubles sur le décor naturel et immuable des saisons : ils fabriquent cette saison dans ce qu'elle a de vivant. La dernière modification de cette page a été faite le 17 octobre 2020 à 14:44. Bonneuil Christophe et Fressoz Jean-Baptiste, 2013, L’événement Anthropocène, Paris, Le Seuil. nature Ingold Tim, 2000 [1994], The perception of environment. Les théories animalistes contemporaines s’interrogent sur la considérabilité morale des animaux (Singer, 1975), sur la nécessité de leur conférer des statuts politiques (citoyenneté, souveraineté, résidence) (Kymlicka et Donaldson, 2016), ou sur leurs aptitudes cognitives ignorées (De Waal, 2016 ; Hauser, 2001) sans implication politique. animaux Tarragoni Federico, 2015, « Vers une logique générale du politique : identités, subjectivations et émancipations chez Laclau » [en ligne], Revue du MAUSS permanente, 25 janvier, [URL : http://www.journaldumauss.net/./?Vers-une-logique-generale-du]. Il s’agit d’« activer » les vivants du point de vue de leurs invites géopolitiques : comment ils peuvent en un sens particulier, s’allier à nous, peser, jouer un rôle, entrer en lutte. Abel Nick, Wise Russell M., Colloff Matthew J., Walker Brian H., Butler James R. A., Ryan Paul, Norman Chris, Langston Art, Anderies John M., Gorddard Russell, Dunlop Michael et O’Connell Deborah, 2016, « Building a resilient pathway towards transformation when “no-one is in charge” : insights from Australia’s Murray-Darling Basin », Ecology and Society, vol. 48Pourquoi alors le cas des abeilles constitue-t-il un cas intéressant de diplomatie ? Ses travaux sont consacrés aux relations entre l’humain et le vivant, en lui et hors de lui. Après un an comme ATER à l'université de Nice, il est nommé maître de conférences dans le département de philosophie de l'université d'Aix-Marseille (CEPERC/ UMR 7304)[2]. 36Les diplomates sont déjà partout, sur le terrain, ils cherchent des causes communes et des alliances entre des usages soutenables des territoires, et des vivants ; ils cherchent l’intérêt de la relation elle-même. Il s’agit d’envisager les agricultures soutenables (agorécologie, bio, permaculture) agrégées en un individu formidable avec les abeilles pollinisatrices, avec les femmes enceintes et les enfants qui courent des risques de mortalité accrue à cause de la baisse d’apports vitaminiques induits par la disparition de ces pollinisateurs, avec les apiculteurs aux pratiques soutenables – alliés et agrégés contre d’autres usages et d’autres groupes d’intérêts. Le fait qu’ils soient aussi des fins, en des sens encore énigmatiques, change nécessairement notre manière de les utiliser comme moyens. Le diplomate se met en définitive au service de la relation elle-même, au service de la manière dont les usages humains d'un territoire peuvent être combinés, tissés avec des usages non-humains : Il s'agit d'apprendre à habiter autrement : « habiter, c'est toujours cohabiter, parmi d'autres formes de vie »[22]. Robert Maggiori, critique de philosophie à Libération, décrit Les Diplomates comme « un grand livre de philosophie animale, et de philosophie tout court, sur le monde partagé »[6]. L'énigme de l'art contemporain (2018), écrit en collaboration avec Estelle Zhong Mengual, reçoit le prix des Rencontres philosophiques d'Uriage en 2019. On n’a pas de gratitude pour une chose. Le cœur du problème revient à penser le type de relation pratique envers eux induit par ces puissances : dès lors que ces vivants se comportent, communiquent, et manifestent des dispositifs de pacification des relations collectives (Morizot, 2016), il devient envisageable de poser le problème de nos rapports à eux en dehors du dualisme qui consiste à les penser strictement suivant les termes déterministes des sciences « de la nature », qui traduisent en causes et en lois ce qui est tout aussi bien communication et comportement. Il se fait notamment connaître pour son ouvrage Les diplomates. Un énième constat des ravages de la crise environnementale dont nous serions les témoins impuissants. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous faisons face à tant de crises écologiques. La formulation de cette approche est précisée dans un dialogue qui réunit Bruno Latour, Pierre Charbonnier et Baptiste Morizot, intitulé « Redécouvrir la terre »[10]. — 2004, « Une pratique cosmopolitique du droit est-elle possible ? 9 En un sens, la cohabitation diplomatique a toujours été là, et c’est une certaine manière de comprendre ce que dit tout un pan de l’écologisme des pauvres (Martinez Alier, 2014), et ce que dit tout un pan de l’écologie des peuples premiers qui se rapportent à notre « nature » comme à un « environnement donateur » (Ingold, 2000, p. 61-76). Ce qu’elles invitent à penser, c’est que ce qui détruit écologiquement le monde vivant est toxique pour les conditions d’existence des humains : l’aliénation serait un phénomène transspécifique17. 6 Cet art politique exige des « pratiques perspectivistes » et des « animismes méthodologiques » qui restent encore pour partie à imaginer et construire. Le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa écrit ainsi : « Sous ce rapport (i.e. pistage Une grande partie des écologistes condamne sans appel les pesticides néonicotinoïdes, pendant que les grandes firmes agro-industrielles tentent de les disculper. Le livre a nourri des controverses théoriques portant sur la domestication et sur l'ancienneté d'une conception belliqueuse de notre rapport à la nature[7]. Ce qui apparaît alors, c’est que l’hypothèse de la postnature hybride n’est pas un renversement radical du grand partage. En situation d’incertitude, il inverse l’effet de l’incertitude sur l’action : plutôt que de paralyser l’action (on ne sait pas quel facteur précis transformer), il catalyse une action intelligente systémique : intervenir sur l’ensemble des facteurs, que l’Anses qualifie de « bonnes pratiques apicoles », et il faut ajouter « agricoles ». Contact : morizot.baptiste[at]gmail.com Rattachée à l’axe 2 du Centre Granger. Garde Laurent, 2015, « Sheep farming in France : facing the return of the wolf », CDP News, no 11, p. 17-27. Manières d'être vivant: Enquêtes sur la vie à travers nous. Maître de conférences en philosophie, Université d’Aix-Marseille — FR. 43L’Anses, en effet, s’est autosaisie en 2012 sur la question des co-expositions des abeilles à différents facteurs de stress, et de leur rôle dans les phénomènes d’affaiblissement, d’effondrement ou de mortalité des colonies d’abeilles. 24Nous avons peut-être besoin de ces diplomates pour négocier et composer avec les loups dans chaque coin local, parmi nous, où il y a conflit avec le pastoralisme, des diplomates vautours dans toutes ces régions de l’Inde où leur disparition génère des risques sanitaires majeurs du fait que les carcasses ne sont plus équarries. Or ce ranching est aussi une pratique qui court le risque d’essorer les sols, en produisant une pression sur le couvert végétal, et qui renvoie à des modèles économiques discutables du point de vue de la soutenabilité. Thèmes de recherche : Philosophie française contemporaine (Gilbert Simondon et alentours) Individuation biologique, psychique, sociologique, politique; Il a publié Les Diplomates. 16 L’idée est développée de manière convaincante par le collectif de recherche Transformative Adaptive Research Alliance, bien que certains aspects d’économie politique (quel type de résilience et de soutenabilité ?) Baptiste Morizot est MCF à Aix-Marseille Université (CEPERC/ UMR 7304). agriculture Dans le grand partage traditionnel, en effet, il n’y a pas d’altérités réelles, car tout le non-humain est traduit en choses, i. e. en moyens pour les seules fins que constituent les humains. Toute paysannerie productiviste qui détruit la vie des sols, notamment par l’usage massif d’intrants, ne peut prétendre être émancipatrice pour le paysan, qui en est souvent la première victime, on peut l’inférer des effets de la « révolution verte »(Bourguignon et Bourguignon, 2008, p. 41). C’est-à-dire qu’il devient envisageable d’imaginer envers eux ce qui ressemble de très près à des interactions diplomatiques.   Quelles sont les solutions à l'échelle locale ? Le récit diplomatique ne résout pas tous les problèmes écologiques, c’est certain, il n’est même pas sûr qu’il en résolve ; mais il entend d’abord ébranler les grands récits en présence pour contribuer à libérer l’imagination pratique et théorique. 1 Voir sur ce point l’article critique de Clive Hamilton (2015) qui présente les acteurs du good Anthropocene (autour de Erle Ellis, notamment les auteurs du Manifeste éco-moderniste). Tout se comporte, c’est-à-dire : rien dans les systèmes vivants n’est compréhensible ou gérable en termes de causalité unidirectionnelle, monofactorielle, séparée du reste. Il peut intercéder pour rappeler le moment où l'on oublie le fait que l'homme est inséparable des autres espèces, qu'elles soient domestiques (les brebis) ou sauvages (les loups). 38Ce que cette position rend visible, c’est que les vivants en question ne s’opposent jamais aux humains indifférenciés, mais bien à un certain type d’usage des territoires par les humains. Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Une communauté biotique des océans a des intérêts vitaux que n’a pas l’océan lui-même, ou le climat. Bruno Latour (2012) a contribué à lui donner un rôle décisif pour faire dialoguer les modes d’existence. Leur spécificité est importante parce qu’à l’horizon, c’est la crise du vivant et de nos relations au vivant que ce travail entend ne pas perdre de vue. C'est peut-être un invariant de la rencontre animale : quand on croise un animal sauvage par hasard dans la forêt, une biche qui lève les yeux vers soi, on a l'impression d'un don, un don très particulier, sans intention de donner, sans possibilité de se l'approprier. Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses), 2015, Co-exposition des abeilles aux facteurs de stress, Avis de l’Anses, Paris, Rapport d’expertise collective. La terre, c’est ici la surface terrestre comme lieu de vie des communautés biotiques : le sol que l’on habite et qui fonde notre subsistance. « Il faut une nouvelle culture du vivant, comme on parle de culture du jazz. Mais au sens plus radical – mais plus vague – d’espace vivant non impacté par les activités humaines, la donne change. Il s’agit ici d’interroger plutôt les effets pratiques sur les situations écologiques problématiques d’une autre manière d’enquêter qui postulerait que les vivants parmi nous par eux-mêmes sont à penser comme des cohabitants – et non comme notre environnement. Cette enquête confère une spécificité aux vivants, en tant qu’ils ont, en plus de pouvoirs d’agir, un pouvoir de pâtir. Un genre (parmi d’autres) de récits locaux, qui ne soit pas une idéologie au sens marxien, mais une « grammaire conceptuelle » environnementale (Bonneuil et Fressoz, 2013) pour cartographier autrement les mêmes territoires. Accueil L’Anses a bien compris que ce n’est pas un intrant qui est incriminé, mais les conditions de stress multifactorielles, qui ne sont ni plus ni moins que les usages extractivistes des territoires vivants. C’est-à-dire une manière de formuler les problèmes, de raconter les situations, de qualifier autrement les enjeux, les acteurs et les relations, pour libérer là où elle est enclose l’imagination théorique et pratique des acteurs, ou bien simplement faire émerger des points de vue différents. La cohabitation diplomatique constitue une grammaire conceptuelle pour formuler et donc faire exister autrement des problèmes de relations avec les non-humains, et en particulier les vivants. Les loups français sont juste derrière chez vous, mais pas sur le modèle fantasmatique du loup aux portes de la ville, comme une sauvagerie qui menace la civilisation : sur le mode du cohabitant qui entend prospérer parmi vous, malgré des intérêts parfois contradictoires avec certaines pratiques humaines (certaines formes du pastoralisme ovin actuel), parfois indiscernables d’autres pratiques et valeurs humaines (les cascades trophiques vivifiant une certaine biodiversité que son retour reconstitue). Des usages plus délicats. Stengers Isabelle, 2006, La vierge et le neutrino. Hasard et individuation chez G. Simondon, aux éditions Vrin. Ce n’est pas dire que tout est rose : les nuisibles à certaines cultures existent, le parasitisme et la prédation existent. Towards a diplomatic cohabitation with living beings, Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail, N° 32 : Déplacer les frontières du travail, Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. 34Dans la cohabitation diplomatique, il n’y a plus de grand partage ontologique et topologique entre des humains-fins dedans qui exploitent des moyens naturels dehors : la carte sous nos yeux dévoile bien plutôt des relations politiques complexes et fragiles avec des cohabitants enchevêtrés. Comme projet philosophique, la restauration de la sensibilité humaine au vivant pousse l'auteur à explorer des concepts comme celui de « diplomate »[19], « d'interdépendance » entre espèces, de « communauté d'importance » ou encore de « diplomatie des interdépendances »[20]. Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Baptiste Morizot nous offre un regard original sur le vivant, car ses constats s'appuient sur du concret, sur sa capacité objective à observer, sans parti pris. Bibliographie Licence économie, The Persuaders Partition Piano, Cap Boulanger Toulon, Vecteur Taux De Rotation, Météo à Stockholm Suède, Ensemble De Foot Pas Cher Junior, Volkswagen Transporter California Occasion Allemagne, Air France Lille Adresse, Wrc 2020 Classement, " /> Membres et productions scientifiques Cohabitants est plutôt le nom induit par un type de relation fondatrice qu’on entretient avec eux. Plan du site • Comités • Flux de syndication, Nous adhérons à OpenEdition Journals • Édité avec Lodel • Accès réservé, Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search, Nouvelles alliances avec la terre. Il faut élargir son propos en pointant que ce stress multifactoriel destructeur est lié à certaines pratiques non soutenables, et ce sont elles que les abeilles nous intiment de changer, si elles doivent continuer à vivre parmi nous par elles-mêmes, comme pollinisatrices d’un très grand pourcentage de nos végétaux non céréaliers, d’un grand nombre de végétaux sauvages dont elles assurent la survie et l’évolution, et comme forme de vie fascinante. Qui appelle des formes de respect, du soin et quelque chose comme de la cohabitation. Un très grand nombre des espèces cultivées en Europe dépendent, d’après l’Inra, à 84 % des pollinisateurs, qui sont à plus de 90 % des abeilles domestiques. Le paradoxe est là : écologiquement, il vaut mieux que le syndrome nous indique de changer la manière de faire de l’apiculture et de l’agriculture pour aller vers des usages plus soutenables, plutôt qu’il aboutisse seulement à l’interdiction d’un pesticide, qui sera bientôt remplacé par un autre. Sous couvert de révolution, elle conserve une de ses propriétés fondatrices, dont la fonction est en partie de justifier le métabolisme social extractiviste de l’Occident moderne. C’est-à-dire la composition des hétérogènes, le modus vivendi mutualiste comme nord magnétique sur la boussole, et la minimisation des conflits quand on ne peut pas faire mieux. 52C’est un paradoxe écopsychologique qu’on soulève ici : les activités humaines qui ont à faire avec les non-humains sont toutes, sans exception, devant l’alternative de se penser en termes de partenariats complexes et fragiles avec les vivants, ou en termes de contrôle d’une communauté biotique réifiée en matière, contrôle dont l’opération de base est le couplage exploitation maximisée-éradication des nuisibles. Or, et voici le paradoxe, on soutient ici que malgré sa justification idéologique comme progrès rationnel, le choix du second axe, s’il est destructeur pour un pan des vivants du territoire, est conséquemment aliénant pour les acteurs de la pratique eux-mêmes. Chargé d’affaires. Une cohabitation diplomatique avec le vivant »[9]. L’idée d’Anthropocène entend montrer que ce récit est dépassé : « Dans l’Anthropocène, les humains changent l’histoire de la Terre qui en retour frappe (inégalement) les sociétés humaines. 3 J’ai essayé de fonder conceptuellement l’idée des vivants comme altérités par l’habiter dans « Le devenir du sauvage à l’anthropocène » (Morizot, à paraître). Ce point aveugle, j'en fait l'hypothèse, c'est que la crise écologique actuelle, plus qu'une crise des sociétés humaines d'un côté, ou des êtres vivants de l'autre, est une crise de nos relations au vivant. Ce livre a été salué par des chercheurs et des critiques. « On voit ici à quel point l'alternative habituelle, à savoir stigmatiser le pastoralisme en bloc comme s'il était l'ennemi malhonnête de la biodiversité, ou l'adouber en bloc comme s'il était le maillon essentiel de la préservation des paysages, ne tient pas : tout dépend des pratiques, et il faut penser une transformation de l'usage pastoral des territoires, qui aille dans le sens d'une protection accrue des prairies, des loups et du métier lui-même ; ce sont ces axes de communauté d'importance qui sont à faire émerger »[23]. Notre culture hérite d'un dualisme qui sépare l'humain et les autres animaux. Les pollinisateurs, abeilles, bourdons, oiseaux, ne sont pas posées comme des meubles sur le décor naturel et immuable des saisons : ils fabriquent cette saison dans ce qu'elle a de vivant. La dernière modification de cette page a été faite le 17 octobre 2020 à 14:44. Bonneuil Christophe et Fressoz Jean-Baptiste, 2013, L’événement Anthropocène, Paris, Le Seuil. nature Ingold Tim, 2000 [1994], The perception of environment. Les théories animalistes contemporaines s’interrogent sur la considérabilité morale des animaux (Singer, 1975), sur la nécessité de leur conférer des statuts politiques (citoyenneté, souveraineté, résidence) (Kymlicka et Donaldson, 2016), ou sur leurs aptitudes cognitives ignorées (De Waal, 2016 ; Hauser, 2001) sans implication politique. animaux Tarragoni Federico, 2015, « Vers une logique générale du politique : identités, subjectivations et émancipations chez Laclau » [en ligne], Revue du MAUSS permanente, 25 janvier, [URL : http://www.journaldumauss.net/./?Vers-une-logique-generale-du]. Il s’agit d’« activer » les vivants du point de vue de leurs invites géopolitiques : comment ils peuvent en un sens particulier, s’allier à nous, peser, jouer un rôle, entrer en lutte. Abel Nick, Wise Russell M., Colloff Matthew J., Walker Brian H., Butler James R. A., Ryan Paul, Norman Chris, Langston Art, Anderies John M., Gorddard Russell, Dunlop Michael et O’Connell Deborah, 2016, « Building a resilient pathway towards transformation when “no-one is in charge” : insights from Australia’s Murray-Darling Basin », Ecology and Society, vol. 48Pourquoi alors le cas des abeilles constitue-t-il un cas intéressant de diplomatie ? Ses travaux sont consacrés aux relations entre l’humain et le vivant, en lui et hors de lui. Après un an comme ATER à l'université de Nice, il est nommé maître de conférences dans le département de philosophie de l'université d'Aix-Marseille (CEPERC/ UMR 7304)[2]. 36Les diplomates sont déjà partout, sur le terrain, ils cherchent des causes communes et des alliances entre des usages soutenables des territoires, et des vivants ; ils cherchent l’intérêt de la relation elle-même. Il s’agit d’envisager les agricultures soutenables (agorécologie, bio, permaculture) agrégées en un individu formidable avec les abeilles pollinisatrices, avec les femmes enceintes et les enfants qui courent des risques de mortalité accrue à cause de la baisse d’apports vitaminiques induits par la disparition de ces pollinisateurs, avec les apiculteurs aux pratiques soutenables – alliés et agrégés contre d’autres usages et d’autres groupes d’intérêts. Le fait qu’ils soient aussi des fins, en des sens encore énigmatiques, change nécessairement notre manière de les utiliser comme moyens. Le diplomate se met en définitive au service de la relation elle-même, au service de la manière dont les usages humains d'un territoire peuvent être combinés, tissés avec des usages non-humains : Il s'agit d'apprendre à habiter autrement : « habiter, c'est toujours cohabiter, parmi d'autres formes de vie »[22]. Robert Maggiori, critique de philosophie à Libération, décrit Les Diplomates comme « un grand livre de philosophie animale, et de philosophie tout court, sur le monde partagé »[6]. L'énigme de l'art contemporain (2018), écrit en collaboration avec Estelle Zhong Mengual, reçoit le prix des Rencontres philosophiques d'Uriage en 2019. On n’a pas de gratitude pour une chose. Le cœur du problème revient à penser le type de relation pratique envers eux induit par ces puissances : dès lors que ces vivants se comportent, communiquent, et manifestent des dispositifs de pacification des relations collectives (Morizot, 2016), il devient envisageable de poser le problème de nos rapports à eux en dehors du dualisme qui consiste à les penser strictement suivant les termes déterministes des sciences « de la nature », qui traduisent en causes et en lois ce qui est tout aussi bien communication et comportement. Il se fait notamment connaître pour son ouvrage Les diplomates. Un énième constat des ravages de la crise environnementale dont nous serions les témoins impuissants. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous faisons face à tant de crises écologiques. La formulation de cette approche est précisée dans un dialogue qui réunit Bruno Latour, Pierre Charbonnier et Baptiste Morizot, intitulé « Redécouvrir la terre »[10]. — 2004, « Une pratique cosmopolitique du droit est-elle possible ? 9 En un sens, la cohabitation diplomatique a toujours été là, et c’est une certaine manière de comprendre ce que dit tout un pan de l’écologisme des pauvres (Martinez Alier, 2014), et ce que dit tout un pan de l’écologie des peuples premiers qui se rapportent à notre « nature » comme à un « environnement donateur » (Ingold, 2000, p. 61-76). Ce qu’elles invitent à penser, c’est que ce qui détruit écologiquement le monde vivant est toxique pour les conditions d’existence des humains : l’aliénation serait un phénomène transspécifique17. 6 Cet art politique exige des « pratiques perspectivistes » et des « animismes méthodologiques » qui restent encore pour partie à imaginer et construire. Le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa écrit ainsi : « Sous ce rapport (i.e. pistage Une grande partie des écologistes condamne sans appel les pesticides néonicotinoïdes, pendant que les grandes firmes agro-industrielles tentent de les disculper. Le livre a nourri des controverses théoriques portant sur la domestication et sur l'ancienneté d'une conception belliqueuse de notre rapport à la nature[7]. Ce qui apparaît alors, c’est que l’hypothèse de la postnature hybride n’est pas un renversement radical du grand partage. En situation d’incertitude, il inverse l’effet de l’incertitude sur l’action : plutôt que de paralyser l’action (on ne sait pas quel facteur précis transformer), il catalyse une action intelligente systémique : intervenir sur l’ensemble des facteurs, que l’Anses qualifie de « bonnes pratiques apicoles », et il faut ajouter « agricoles ». Contact : morizot.baptiste[at]gmail.com Rattachée à l’axe 2 du Centre Granger. Garde Laurent, 2015, « Sheep farming in France : facing the return of the wolf », CDP News, no 11, p. 17-27. Manières d'être vivant: Enquêtes sur la vie à travers nous. Maître de conférences en philosophie, Université d’Aix-Marseille — FR. 43L’Anses, en effet, s’est autosaisie en 2012 sur la question des co-expositions des abeilles à différents facteurs de stress, et de leur rôle dans les phénomènes d’affaiblissement, d’effondrement ou de mortalité des colonies d’abeilles. 24Nous avons peut-être besoin de ces diplomates pour négocier et composer avec les loups dans chaque coin local, parmi nous, où il y a conflit avec le pastoralisme, des diplomates vautours dans toutes ces régions de l’Inde où leur disparition génère des risques sanitaires majeurs du fait que les carcasses ne sont plus équarries. Or ce ranching est aussi une pratique qui court le risque d’essorer les sols, en produisant une pression sur le couvert végétal, et qui renvoie à des modèles économiques discutables du point de vue de la soutenabilité. Thèmes de recherche : Philosophie française contemporaine (Gilbert Simondon et alentours) Individuation biologique, psychique, sociologique, politique; Il a publié Les Diplomates. 16 L’idée est développée de manière convaincante par le collectif de recherche Transformative Adaptive Research Alliance, bien que certains aspects d’économie politique (quel type de résilience et de soutenabilité ?) Baptiste Morizot est MCF à Aix-Marseille Université (CEPERC/ UMR 7304). agriculture Dans le grand partage traditionnel, en effet, il n’y a pas d’altérités réelles, car tout le non-humain est traduit en choses, i. e. en moyens pour les seules fins que constituent les humains. Toute paysannerie productiviste qui détruit la vie des sols, notamment par l’usage massif d’intrants, ne peut prétendre être émancipatrice pour le paysan, qui en est souvent la première victime, on peut l’inférer des effets de la « révolution verte »(Bourguignon et Bourguignon, 2008, p. 41). C’est-à-dire qu’il devient envisageable d’imaginer envers eux ce qui ressemble de très près à des interactions diplomatiques.   Quelles sont les solutions à l'échelle locale ? Le récit diplomatique ne résout pas tous les problèmes écologiques, c’est certain, il n’est même pas sûr qu’il en résolve ; mais il entend d’abord ébranler les grands récits en présence pour contribuer à libérer l’imagination pratique et théorique. 1 Voir sur ce point l’article critique de Clive Hamilton (2015) qui présente les acteurs du good Anthropocene (autour de Erle Ellis, notamment les auteurs du Manifeste éco-moderniste). Tout se comporte, c’est-à-dire : rien dans les systèmes vivants n’est compréhensible ou gérable en termes de causalité unidirectionnelle, monofactorielle, séparée du reste. Il peut intercéder pour rappeler le moment où l'on oublie le fait que l'homme est inséparable des autres espèces, qu'elles soient domestiques (les brebis) ou sauvages (les loups). 38Ce que cette position rend visible, c’est que les vivants en question ne s’opposent jamais aux humains indifférenciés, mais bien à un certain type d’usage des territoires par les humains. Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Une communauté biotique des océans a des intérêts vitaux que n’a pas l’océan lui-même, ou le climat. Bruno Latour (2012) a contribué à lui donner un rôle décisif pour faire dialoguer les modes d’existence. Leur spécificité est importante parce qu’à l’horizon, c’est la crise du vivant et de nos relations au vivant que ce travail entend ne pas perdre de vue. C'est peut-être un invariant de la rencontre animale : quand on croise un animal sauvage par hasard dans la forêt, une biche qui lève les yeux vers soi, on a l'impression d'un don, un don très particulier, sans intention de donner, sans possibilité de se l'approprier. Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses), 2015, Co-exposition des abeilles aux facteurs de stress, Avis de l’Anses, Paris, Rapport d’expertise collective. La terre, c’est ici la surface terrestre comme lieu de vie des communautés biotiques : le sol que l’on habite et qui fonde notre subsistance. « Il faut une nouvelle culture du vivant, comme on parle de culture du jazz. Mais au sens plus radical – mais plus vague – d’espace vivant non impacté par les activités humaines, la donne change. Il s’agit ici d’interroger plutôt les effets pratiques sur les situations écologiques problématiques d’une autre manière d’enquêter qui postulerait que les vivants parmi nous par eux-mêmes sont à penser comme des cohabitants – et non comme notre environnement. Cette enquête confère une spécificité aux vivants, en tant qu’ils ont, en plus de pouvoirs d’agir, un pouvoir de pâtir. Un genre (parmi d’autres) de récits locaux, qui ne soit pas une idéologie au sens marxien, mais une « grammaire conceptuelle » environnementale (Bonneuil et Fressoz, 2013) pour cartographier autrement les mêmes territoires. Accueil L’Anses a bien compris que ce n’est pas un intrant qui est incriminé, mais les conditions de stress multifactorielles, qui ne sont ni plus ni moins que les usages extractivistes des territoires vivants. C’est-à-dire une manière de formuler les problèmes, de raconter les situations, de qualifier autrement les enjeux, les acteurs et les relations, pour libérer là où elle est enclose l’imagination théorique et pratique des acteurs, ou bien simplement faire émerger des points de vue différents. La cohabitation diplomatique constitue une grammaire conceptuelle pour formuler et donc faire exister autrement des problèmes de relations avec les non-humains, et en particulier les vivants. Les loups français sont juste derrière chez vous, mais pas sur le modèle fantasmatique du loup aux portes de la ville, comme une sauvagerie qui menace la civilisation : sur le mode du cohabitant qui entend prospérer parmi vous, malgré des intérêts parfois contradictoires avec certaines pratiques humaines (certaines formes du pastoralisme ovin actuel), parfois indiscernables d’autres pratiques et valeurs humaines (les cascades trophiques vivifiant une certaine biodiversité que son retour reconstitue). Des usages plus délicats. Stengers Isabelle, 2006, La vierge et le neutrino. Hasard et individuation chez G. Simondon, aux éditions Vrin. Ce n’est pas dire que tout est rose : les nuisibles à certaines cultures existent, le parasitisme et la prédation existent. Towards a diplomatic cohabitation with living beings, Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail, N° 32 : Déplacer les frontières du travail, Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. 34Dans la cohabitation diplomatique, il n’y a plus de grand partage ontologique et topologique entre des humains-fins dedans qui exploitent des moyens naturels dehors : la carte sous nos yeux dévoile bien plutôt des relations politiques complexes et fragiles avec des cohabitants enchevêtrés. Comme projet philosophique, la restauration de la sensibilité humaine au vivant pousse l'auteur à explorer des concepts comme celui de « diplomate »[19], « d'interdépendance » entre espèces, de « communauté d'importance » ou encore de « diplomatie des interdépendances »[20]. Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Baptiste Morizot nous offre un regard original sur le vivant, car ses constats s'appuient sur du concret, sur sa capacité objective à observer, sans parti pris. Bibliographie Licence économie, The Persuaders Partition Piano, Cap Boulanger Toulon, Vecteur Taux De Rotation, Météo à Stockholm Suède, Ensemble De Foot Pas Cher Junior, Volkswagen Transporter California Occasion Allemagne, Air France Lille Adresse, Wrc 2020 Classement, " />
Test

baptiste morizot contact

littérature française, L'organisation des Nations-Unies a publié un nouveau rapport soulignant les liens entre la "perte sans précédent de biodiversité" et la propagation des maladies comme le Covid-19. La fin du grand partage – vers une postnature hybride ? Car ces compétences cognitives des vivants ne sont pas hors sol : ce sont des intelligences qui habitent d’abord et avant tout la terre, dans des interactions écopolitiques constantes.   URL : http://journals.openedition.org/traces/7001 ; DOI : https://doi.org/10.4000/traces.7001. 33Le motif central que ce genre permet de faire saillir, c’est celui de l’interprétation de la relation avec le vivant comme intrinsèquement politique, en un sens extra-humain : l’autre n’est pas qu’une ressource à gérer, ou une personne à sanctuariser, mais un cohabitant moyen-fin avec qui la question qui émerge est celle des causes communes potentielles, des alliances vitales, et du modus vivendi. Ils sont parmi nous.   Agrégé et docteur en philosophie, Baptiste Morizot est maître de conférences à Aix-Marseille Université. essai — à paraître, « Le devenir du sauvage à l’anthropocène », Comment penser l’anthropocène ?, Actes du colloque, Collège de France, Paris, 5-6 novembre 2015. On sent monter dedans une improbable gratitude. Après un an comme ATER à l'université de Nice, il est nommé maître de conférences dans le département de philosophie de l'université d'Aix-Marseille (CEPERC/ UMR 7304)[2]. 33, avenue des Champs-Élysées 75008 PARIS. Il consiste à les nommer non pas en fonction de qui ils sont, puisqu’on l’ignore encore, nous modernes, mais en fonction de comment ils entrent en contact avec nous : sur quelle modalité nous sommes exposés les uns aux autres. Comment composer et se composer avec ce monde vivant dans un habitat commun, tout en reconnaissant sa différence ? Son travail se focalise principalement sur le retour du loup en France. 13Dans l’idée de cohabitation diplomatique appliquée à l’écologie politique, il n’y a plus de confrontation dualiste entre deux pôles séparés et antagonistes (nature et humains), pas plus qu’il n’y a de fusion ou d’hybridation dans une postnature de cyborg : il y a de la cohabitation entre des humains et d’autres cohabitants non humains (abeilles pollinisatrices, communautés biotiques d’un bassin-versant, loups interstitiels, barrières de corail, vautours chaugoun, vie des sols…), qui sont parmi nous mais « par eux-mêmes ». 09 63 55 29 95 neustar@neustar.fr 39On voudrait appliquer ici cette clé de discrimination entre usages au problème précis de la crise contemporaine des abeilles domestiques. 10 Notons qu’on peut découpler le genre « cohabitation diplomatique » de la présence d’alliances effectives (bien que dans le cas des activités productives, un faisceau d’indices permet de penser qu’elles sont omniprésentes, du seul fait que ces dernières reposent sur des dynamiques écologiques impliquant toujours les communautés biotiques). 27Dans chaque interstice entre les humains d’un socius fermé, une ancienne ressource, un ancien nuisible ou un ancien invisible, s’est redressé, s’est levé en cohabitant, qui appelle désormais un traitement politique et éthique, et avec qui métisser nos usages, nos pratiques, et qui transforme notre représentation de nous-mêmes. Tout le problème revient au fait que nous sommes à l'origine des corps de primates frugivores, c'est-à-dire des animaux visuels sans odorat, devenus dans un second temps chasseurs et pisteurs, c'est-à-dire voués à trouver des choses absentes. 4Ce qui m’intéresse ici, c’est de montrer comment ces deux cartes opposées (grand partage ou hybridation) qui entendent chacune mobiliser la totalité des possibles, masquent en fait la possibilité et la nécessité d’autres types de récits pour raconter l’anthropocène aux humains. 19Ils ne se lèvent pas au sens où ils élèveraient la voix (ils ne parlent pas comme un Athénien use du logos pour manifester son droit de cité, ni comme une minorité politique trouve enfin son empowerment dans la parole publique). », Cosmopolitiques, no 8, p. 14-33. loup-garou L'auteur souligne combien la dimension politique de ce projet est ambiguë et complexe lorsqu'il s'agit du loup. Carson Rachel, 2011 [1962], Printemps silencieux, Marseille, Wildproject. Tout type d’activité qui implique de devoir détruire par principe ou mépriser une part de l’environnement vital du travailleur peut difficilement prétendre être émancipatrice pour lui. 18 Il faudrait ajouter que cette alliance entre humains et non-humains au service d’une transformation du territoire vers des usages plus soutenables et plus émancipatoires se constitue la plupart du temps contre d’autres conceptions des usages du territoire, donc qu’elle permet de dessiner des luttes, des fronts, d’isoler des ennemis. AccueilTous les numéros33ArticlesNouvelles alliances avec la terre... Ce travail entend ébaucher une grammaire environnementale en termes de cohabitation diplomatique avec les vivants, sur une terre entendue comme lieu de vie des communautés biotiques : le sol que l’on habite et qui fonde notre subsistance. Découvrez notre invité, le « philosophe-pisteur », Baptiste Morizot. C’est la tâche des diplomates de les faire saillir. 21, no 2, p. 23. Des diplomates pour chaque espèce pollinisatrice, chaque barrière de corail, chaque relation agissante.     14 À nouveau, c’est d’abord la crainte pour l’économie qui érige le destin des abeilles en cause commune avec la nôtre, mais encore une fois, le problème revient à s’emparer de cette prise de conscience anthropocentrique pour faire de la place à la valeur de la cohabitation à des niveaux tout autres que ceux de l’intérêt économique. p17. (2016). L'énigme de l'art contemporain (2018), écrit en collaboration avec Estelle Zhong Mengual, reçoit le prix des Rencontres philosophiques d'Uriage en 2019. Le diplomate se tient entre les espèces et entre les positions. La dernière modification de cette page a été faite le 17 octobre 2020 à 14:44.   Les animaux chasseurs natifs sont souvent doués d'un odorat puissant. Latour, Bruno, 1999, Politiques de la nature, Paris, La Découverte. Smith Matthew, Singh Gitanjali, Mozaffarian Dariush et Myers Samuel S., 2015, « Effects of decreases of animal pollinators on human nutrition and global health : a modelling analysis », The Lancet, vol. 5 La formule est empruntée à Achille Mbembe, « La France peine à entrer dans le monde qui vient », Libération, 1er juin 2016. 17 Ce qu’il s’agit d’explorer ici, c’est la possibilité de penser la question des alliances avec le vivant en reprenant les concepts d’Ernesto Laclau concernant la construction des hégémonies par agrégation des luttes et des enjeux. Tout ce qui nous fait de l’effet gagne un nom. On a posé la question à Baptiste Morizot Dans les années 1980, les chercheurs Edward O. Wilson et Stephen R. Kellert parlaient de la « biophilie », une tendance innée de l’homme à rechercher le contact … Guérir la terre. Ses traques aux loups, pour en déterminer leur comportement, leur relation avec le milieu qui les abrite sont remarquablement décrites. Métro : Franklin D. Roosevelt (ligne 9 et ligne 1) Contact.   Il faudrait enquêter empiriquement désormais sur l’hypothèse suivante : ces usages plus soutenables des écosystèmes nécessaires pour sauver les nécessaires abeilles sont aussi les alliés des formes de vie et de travail des humains qui les pratiquent. Bien que ce soit là la formulation du problème par tous ceux qui in fine entendent conclure que la cohabitation est impossible, il s’agit en fait d’une anamorphose d’un phénomène plus subtil. Afin de restaurer notre sensibilité au vivant, Baptiste Morizot propose de revoir la manière dont nous considérons nos relations avec les autres espèces. > Membres et productions scientifiques Cohabitants est plutôt le nom induit par un type de relation fondatrice qu’on entretient avec eux. Plan du site • Comités • Flux de syndication, Nous adhérons à OpenEdition Journals • Édité avec Lodel • Accès réservé, Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search, Nouvelles alliances avec la terre. Il faut élargir son propos en pointant que ce stress multifactoriel destructeur est lié à certaines pratiques non soutenables, et ce sont elles que les abeilles nous intiment de changer, si elles doivent continuer à vivre parmi nous par elles-mêmes, comme pollinisatrices d’un très grand pourcentage de nos végétaux non céréaliers, d’un grand nombre de végétaux sauvages dont elles assurent la survie et l’évolution, et comme forme de vie fascinante. Qui appelle des formes de respect, du soin et quelque chose comme de la cohabitation. Un très grand nombre des espèces cultivées en Europe dépendent, d’après l’Inra, à 84 % des pollinisateurs, qui sont à plus de 90 % des abeilles domestiques. Le paradoxe est là : écologiquement, il vaut mieux que le syndrome nous indique de changer la manière de faire de l’apiculture et de l’agriculture pour aller vers des usages plus soutenables, plutôt qu’il aboutisse seulement à l’interdiction d’un pesticide, qui sera bientôt remplacé par un autre. Sous couvert de révolution, elle conserve une de ses propriétés fondatrices, dont la fonction est en partie de justifier le métabolisme social extractiviste de l’Occident moderne. C’est-à-dire la composition des hétérogènes, le modus vivendi mutualiste comme nord magnétique sur la boussole, et la minimisation des conflits quand on ne peut pas faire mieux. 52C’est un paradoxe écopsychologique qu’on soulève ici : les activités humaines qui ont à faire avec les non-humains sont toutes, sans exception, devant l’alternative de se penser en termes de partenariats complexes et fragiles avec les vivants, ou en termes de contrôle d’une communauté biotique réifiée en matière, contrôle dont l’opération de base est le couplage exploitation maximisée-éradication des nuisibles. Or, et voici le paradoxe, on soutient ici que malgré sa justification idéologique comme progrès rationnel, le choix du second axe, s’il est destructeur pour un pan des vivants du territoire, est conséquemment aliénant pour les acteurs de la pratique eux-mêmes. Chargé d’affaires. Une cohabitation diplomatique avec le vivant »[9]. L’idée d’Anthropocène entend montrer que ce récit est dépassé : « Dans l’Anthropocène, les humains changent l’histoire de la Terre qui en retour frappe (inégalement) les sociétés humaines. 3 J’ai essayé de fonder conceptuellement l’idée des vivants comme altérités par l’habiter dans « Le devenir du sauvage à l’anthropocène » (Morizot, à paraître). Ce point aveugle, j'en fait l'hypothèse, c'est que la crise écologique actuelle, plus qu'une crise des sociétés humaines d'un côté, ou des êtres vivants de l'autre, est une crise de nos relations au vivant. Ce livre a été salué par des chercheurs et des critiques. « On voit ici à quel point l'alternative habituelle, à savoir stigmatiser le pastoralisme en bloc comme s'il était l'ennemi malhonnête de la biodiversité, ou l'adouber en bloc comme s'il était le maillon essentiel de la préservation des paysages, ne tient pas : tout dépend des pratiques, et il faut penser une transformation de l'usage pastoral des territoires, qui aille dans le sens d'une protection accrue des prairies, des loups et du métier lui-même ; ce sont ces axes de communauté d'importance qui sont à faire émerger »[23]. Notre culture hérite d'un dualisme qui sépare l'humain et les autres animaux. Les pollinisateurs, abeilles, bourdons, oiseaux, ne sont pas posées comme des meubles sur le décor naturel et immuable des saisons : ils fabriquent cette saison dans ce qu'elle a de vivant. La dernière modification de cette page a été faite le 17 octobre 2020 à 14:44. Bonneuil Christophe et Fressoz Jean-Baptiste, 2013, L’événement Anthropocène, Paris, Le Seuil. nature Ingold Tim, 2000 [1994], The perception of environment. Les théories animalistes contemporaines s’interrogent sur la considérabilité morale des animaux (Singer, 1975), sur la nécessité de leur conférer des statuts politiques (citoyenneté, souveraineté, résidence) (Kymlicka et Donaldson, 2016), ou sur leurs aptitudes cognitives ignorées (De Waal, 2016 ; Hauser, 2001) sans implication politique. animaux Tarragoni Federico, 2015, « Vers une logique générale du politique : identités, subjectivations et émancipations chez Laclau » [en ligne], Revue du MAUSS permanente, 25 janvier, [URL : http://www.journaldumauss.net/./?Vers-une-logique-generale-du]. Il s’agit d’« activer » les vivants du point de vue de leurs invites géopolitiques : comment ils peuvent en un sens particulier, s’allier à nous, peser, jouer un rôle, entrer en lutte. Abel Nick, Wise Russell M., Colloff Matthew J., Walker Brian H., Butler James R. A., Ryan Paul, Norman Chris, Langston Art, Anderies John M., Gorddard Russell, Dunlop Michael et O’Connell Deborah, 2016, « Building a resilient pathway towards transformation when “no-one is in charge” : insights from Australia’s Murray-Darling Basin », Ecology and Society, vol. 48Pourquoi alors le cas des abeilles constitue-t-il un cas intéressant de diplomatie ? Ses travaux sont consacrés aux relations entre l’humain et le vivant, en lui et hors de lui. Après un an comme ATER à l'université de Nice, il est nommé maître de conférences dans le département de philosophie de l'université d'Aix-Marseille (CEPERC/ UMR 7304)[2]. 36Les diplomates sont déjà partout, sur le terrain, ils cherchent des causes communes et des alliances entre des usages soutenables des territoires, et des vivants ; ils cherchent l’intérêt de la relation elle-même. Il s’agit d’envisager les agricultures soutenables (agorécologie, bio, permaculture) agrégées en un individu formidable avec les abeilles pollinisatrices, avec les femmes enceintes et les enfants qui courent des risques de mortalité accrue à cause de la baisse d’apports vitaminiques induits par la disparition de ces pollinisateurs, avec les apiculteurs aux pratiques soutenables – alliés et agrégés contre d’autres usages et d’autres groupes d’intérêts. Le fait qu’ils soient aussi des fins, en des sens encore énigmatiques, change nécessairement notre manière de les utiliser comme moyens. Le diplomate se met en définitive au service de la relation elle-même, au service de la manière dont les usages humains d'un territoire peuvent être combinés, tissés avec des usages non-humains : Il s'agit d'apprendre à habiter autrement : « habiter, c'est toujours cohabiter, parmi d'autres formes de vie »[22]. Robert Maggiori, critique de philosophie à Libération, décrit Les Diplomates comme « un grand livre de philosophie animale, et de philosophie tout court, sur le monde partagé »[6]. L'énigme de l'art contemporain (2018), écrit en collaboration avec Estelle Zhong Mengual, reçoit le prix des Rencontres philosophiques d'Uriage en 2019. On n’a pas de gratitude pour une chose. Le cœur du problème revient à penser le type de relation pratique envers eux induit par ces puissances : dès lors que ces vivants se comportent, communiquent, et manifestent des dispositifs de pacification des relations collectives (Morizot, 2016), il devient envisageable de poser le problème de nos rapports à eux en dehors du dualisme qui consiste à les penser strictement suivant les termes déterministes des sciences « de la nature », qui traduisent en causes et en lois ce qui est tout aussi bien communication et comportement. Il se fait notamment connaître pour son ouvrage Les diplomates. Un énième constat des ravages de la crise environnementale dont nous serions les témoins impuissants. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous faisons face à tant de crises écologiques. La formulation de cette approche est précisée dans un dialogue qui réunit Bruno Latour, Pierre Charbonnier et Baptiste Morizot, intitulé « Redécouvrir la terre »[10]. — 2004, « Une pratique cosmopolitique du droit est-elle possible ? 9 En un sens, la cohabitation diplomatique a toujours été là, et c’est une certaine manière de comprendre ce que dit tout un pan de l’écologisme des pauvres (Martinez Alier, 2014), et ce que dit tout un pan de l’écologie des peuples premiers qui se rapportent à notre « nature » comme à un « environnement donateur » (Ingold, 2000, p. 61-76). Ce qu’elles invitent à penser, c’est que ce qui détruit écologiquement le monde vivant est toxique pour les conditions d’existence des humains : l’aliénation serait un phénomène transspécifique17. 6 Cet art politique exige des « pratiques perspectivistes » et des « animismes méthodologiques » qui restent encore pour partie à imaginer et construire. Le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa écrit ainsi : « Sous ce rapport (i.e. pistage Une grande partie des écologistes condamne sans appel les pesticides néonicotinoïdes, pendant que les grandes firmes agro-industrielles tentent de les disculper. Le livre a nourri des controverses théoriques portant sur la domestication et sur l'ancienneté d'une conception belliqueuse de notre rapport à la nature[7]. Ce qui apparaît alors, c’est que l’hypothèse de la postnature hybride n’est pas un renversement radical du grand partage. En situation d’incertitude, il inverse l’effet de l’incertitude sur l’action : plutôt que de paralyser l’action (on ne sait pas quel facteur précis transformer), il catalyse une action intelligente systémique : intervenir sur l’ensemble des facteurs, que l’Anses qualifie de « bonnes pratiques apicoles », et il faut ajouter « agricoles ». Contact : morizot.baptiste[at]gmail.com Rattachée à l’axe 2 du Centre Granger. Garde Laurent, 2015, « Sheep farming in France : facing the return of the wolf », CDP News, no 11, p. 17-27. Manières d'être vivant: Enquêtes sur la vie à travers nous. Maître de conférences en philosophie, Université d’Aix-Marseille — FR. 43L’Anses, en effet, s’est autosaisie en 2012 sur la question des co-expositions des abeilles à différents facteurs de stress, et de leur rôle dans les phénomènes d’affaiblissement, d’effondrement ou de mortalité des colonies d’abeilles. 24Nous avons peut-être besoin de ces diplomates pour négocier et composer avec les loups dans chaque coin local, parmi nous, où il y a conflit avec le pastoralisme, des diplomates vautours dans toutes ces régions de l’Inde où leur disparition génère des risques sanitaires majeurs du fait que les carcasses ne sont plus équarries. Or ce ranching est aussi une pratique qui court le risque d’essorer les sols, en produisant une pression sur le couvert végétal, et qui renvoie à des modèles économiques discutables du point de vue de la soutenabilité. Thèmes de recherche : Philosophie française contemporaine (Gilbert Simondon et alentours) Individuation biologique, psychique, sociologique, politique; Il a publié Les Diplomates. 16 L’idée est développée de manière convaincante par le collectif de recherche Transformative Adaptive Research Alliance, bien que certains aspects d’économie politique (quel type de résilience et de soutenabilité ?) Baptiste Morizot est MCF à Aix-Marseille Université (CEPERC/ UMR 7304). agriculture Dans le grand partage traditionnel, en effet, il n’y a pas d’altérités réelles, car tout le non-humain est traduit en choses, i. e. en moyens pour les seules fins que constituent les humains. Toute paysannerie productiviste qui détruit la vie des sols, notamment par l’usage massif d’intrants, ne peut prétendre être émancipatrice pour le paysan, qui en est souvent la première victime, on peut l’inférer des effets de la « révolution verte »(Bourguignon et Bourguignon, 2008, p. 41). C’est-à-dire qu’il devient envisageable d’imaginer envers eux ce qui ressemble de très près à des interactions diplomatiques.   Quelles sont les solutions à l'échelle locale ? Le récit diplomatique ne résout pas tous les problèmes écologiques, c’est certain, il n’est même pas sûr qu’il en résolve ; mais il entend d’abord ébranler les grands récits en présence pour contribuer à libérer l’imagination pratique et théorique. 1 Voir sur ce point l’article critique de Clive Hamilton (2015) qui présente les acteurs du good Anthropocene (autour de Erle Ellis, notamment les auteurs du Manifeste éco-moderniste). Tout se comporte, c’est-à-dire : rien dans les systèmes vivants n’est compréhensible ou gérable en termes de causalité unidirectionnelle, monofactorielle, séparée du reste. Il peut intercéder pour rappeler le moment où l'on oublie le fait que l'homme est inséparable des autres espèces, qu'elles soient domestiques (les brebis) ou sauvages (les loups). 38Ce que cette position rend visible, c’est que les vivants en question ne s’opposent jamais aux humains indifférenciés, mais bien à un certain type d’usage des territoires par les humains. Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Une communauté biotique des océans a des intérêts vitaux que n’a pas l’océan lui-même, ou le climat. Bruno Latour (2012) a contribué à lui donner un rôle décisif pour faire dialoguer les modes d’existence. Leur spécificité est importante parce qu’à l’horizon, c’est la crise du vivant et de nos relations au vivant que ce travail entend ne pas perdre de vue. C'est peut-être un invariant de la rencontre animale : quand on croise un animal sauvage par hasard dans la forêt, une biche qui lève les yeux vers soi, on a l'impression d'un don, un don très particulier, sans intention de donner, sans possibilité de se l'approprier. Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses), 2015, Co-exposition des abeilles aux facteurs de stress, Avis de l’Anses, Paris, Rapport d’expertise collective. La terre, c’est ici la surface terrestre comme lieu de vie des communautés biotiques : le sol que l’on habite et qui fonde notre subsistance. « Il faut une nouvelle culture du vivant, comme on parle de culture du jazz. Mais au sens plus radical – mais plus vague – d’espace vivant non impacté par les activités humaines, la donne change. Il s’agit ici d’interroger plutôt les effets pratiques sur les situations écologiques problématiques d’une autre manière d’enquêter qui postulerait que les vivants parmi nous par eux-mêmes sont à penser comme des cohabitants – et non comme notre environnement. Cette enquête confère une spécificité aux vivants, en tant qu’ils ont, en plus de pouvoirs d’agir, un pouvoir de pâtir. Un genre (parmi d’autres) de récits locaux, qui ne soit pas une idéologie au sens marxien, mais une « grammaire conceptuelle » environnementale (Bonneuil et Fressoz, 2013) pour cartographier autrement les mêmes territoires. Accueil L’Anses a bien compris que ce n’est pas un intrant qui est incriminé, mais les conditions de stress multifactorielles, qui ne sont ni plus ni moins que les usages extractivistes des territoires vivants. C’est-à-dire une manière de formuler les problèmes, de raconter les situations, de qualifier autrement les enjeux, les acteurs et les relations, pour libérer là où elle est enclose l’imagination théorique et pratique des acteurs, ou bien simplement faire émerger des points de vue différents. La cohabitation diplomatique constitue une grammaire conceptuelle pour formuler et donc faire exister autrement des problèmes de relations avec les non-humains, et en particulier les vivants. Les loups français sont juste derrière chez vous, mais pas sur le modèle fantasmatique du loup aux portes de la ville, comme une sauvagerie qui menace la civilisation : sur le mode du cohabitant qui entend prospérer parmi vous, malgré des intérêts parfois contradictoires avec certaines pratiques humaines (certaines formes du pastoralisme ovin actuel), parfois indiscernables d’autres pratiques et valeurs humaines (les cascades trophiques vivifiant une certaine biodiversité que son retour reconstitue). Des usages plus délicats. Stengers Isabelle, 2006, La vierge et le neutrino. Hasard et individuation chez G. Simondon, aux éditions Vrin. Ce n’est pas dire que tout est rose : les nuisibles à certaines cultures existent, le parasitisme et la prédation existent. Towards a diplomatic cohabitation with living beings, Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail, N° 32 : Déplacer les frontières du travail, Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. 34Dans la cohabitation diplomatique, il n’y a plus de grand partage ontologique et topologique entre des humains-fins dedans qui exploitent des moyens naturels dehors : la carte sous nos yeux dévoile bien plutôt des relations politiques complexes et fragiles avec des cohabitants enchevêtrés. Comme projet philosophique, la restauration de la sensibilité humaine au vivant pousse l'auteur à explorer des concepts comme celui de « diplomate »[19], « d'interdépendance » entre espèces, de « communauté d'importance » ou encore de « diplomatie des interdépendances »[20]. Ce travail d'intermédiaire a pour effet de brouiller les positions arrêtées, de telle sorte qu'il est impossible de défendre un camp contre un autre. Baptiste Morizot nous offre un regard original sur le vivant, car ses constats s'appuient sur du concret, sur sa capacité objective à observer, sans parti pris.

Bibliographie Licence économie, The Persuaders Partition Piano, Cap Boulanger Toulon, Vecteur Taux De Rotation, Météo à Stockholm Suède, Ensemble De Foot Pas Cher Junior, Volkswagen Transporter California Occasion Allemagne, Air France Lille Adresse, Wrc 2020 Classement,

Laisser un commentaire